De Chengdu, nous laissons les mangeurs de bambou pour sauter dans un bus a 8h du matin. Nous irons a Kangding, a l'ouest de la province du Sichuan. De cette ville de 80 000 habitants nous esperons rejoindre Tagong, un village perche aux portes du Tibet interdit, a 4000 m d'altitude. Kangding constitue, avec sa voisine Demba, l'un des deux points d'acces au Tibet. Depuis des siecles, la ville est le centre d'activites commerciales et une plateforme d'echanges entre la Chine et les peuples de l'Himalaya.

Nous entamons un rude trajet en bus, qui durera 8 h. Le parcours est difficile et la route defoncee traverse des villages de montagne. La route longe des ravins vertigineux et souvent nous nous arretons car les camions de marchandises bloquent la route. Epuises par ce difficile trajet en montagne, nous posons la semelle a Kangding, ville fraiche logee dans le  creux des reins de la montagne, a 2800 m. En marche vers un lieux pour dormir, nous rencontrons des individus impressionnants qui nous rappellent un certain reportage de "des racines et des ailes". Les kampas ! Ce sont eux et nous sommes dans leur fief. Ce peuple de guerriers temeraires, soumis uniquement recemment aux chinois rouges, est constitue des plus fameux cavaliers du pays. Nous ne pensions jamais croiser la route de cette ethnie tibetaine et voila que nous nous trouvons parmi eux, c'est fantastique. Les femmes portent des coiffes rouges et des nattes ainsi que de somptueux bijoux en or et argent dont des boucles d'oreilles enormes. A leurs ceintures pendent des poignards d'argent, rappelant les origines guerrieres de ce peuple. Les hommes, quant a eux, sont pares de chapeaux de feutre qui couvrent leurs longs cheveux de sioux. Tous ont le visage tane par le soleil des hauts plateaux.
Nous trouvons a nous loger dans une pension de famille agreable. Avant de partir pour Tagong, nous restons a Kangding histoire de nous habituer a l'altitude qui pourrait etre dangereuse sans acclimatation. Rappelons que deux indiens sont morts dans le train reliant Chengdu a Lhassa recemment, a des altitudes inferieures a celle ou nous allons. Nous decouvrons la viande de yack, seul animal eleve aux alantours. C'est tres bon avec des piments et du riz. La ville est parsemee de nombreux monasteres, nous partons a pied a leur decouverte. Au coin d'une rue, nous decouvrons une petite eglise, nichee ici, dans cette contree boudhiste et inaccessible. Partout dans la ville, nous rencontrons des travailleurs goguenards et souriants, et meme un moinde dealeur.
Le monastere le plus grand est situe un petit peu a l'ecart de la ville, perche dans une montagne. De la haut la ville n'existe plus, l'endroit est tres apaisant et la vue superbe. Deux jeunes moines nous invitent a rentrer energiquement. Timidement nous entrons et deambulons dans les salles de priere hautes en couleurs et parfumees d'encens. Ensuite une nonne nous invite a nous assoir a cote d'elle sur un banc et a mediter pendant un certain temps en contemplant la cours du monastere et les chats qui habitent les lieux. Un peu plus loin, nous sommes salues chaleureusement par un moine qui revient 5minutes plus tard avec des fruits confits qu'il nous offre. Nous repartons ensuite pour un second monastere ou l'heure de la priere est arrivee et tous courent dans le temple principal. Pendant ce temps, un vieux moine tres souriant nous benit. Nous repartons le coeur et l'esprit remplis de serenite et de joie.

fresque

 Enfin, nous decidons de partir pour Tagong. Leves tres tot, nous partons sous la pluie a la recherche du seul bus existant. Apres quelques difficultes face aux conducteurs de minibus qui veulent nous arnaquer, nous rebroussons chemin. Finalement la chance ne nous avait pas laisse tomber et nous trouvons un chauffeur sympathique qui nous conduira a Tagong pour un prix tres correct. La route est toujours aussi sinueuse et en mauvais etat, mais deux heures plus tard, apres une bonne ascension, nous arrivons sur la place du village. Nous trouvons une guesthouse tres sympathique et pour une toute petite somme nous serons loges dans une chambre superbe ou les murs sont remplis des  fresques locales aux multiples couleurs chaudes. La nourriture est toujours aussi delicieuse et nous nous regalons de viande de yack.
Tagong est un petit village avec une seule rue principale ou les camions de ravitaillement passent a la queue en direction de Lhassa. Les habitants sont charmants et se deplacent a cheval. On se sent loin de toute modernite, au milieu d'un peuple qui n'a pas change depuis des siecles, c'est magique. Les paysages montagneux environnants sont tres verts, recouverts de drapeaux a priere, d'ecritures tibetaines et habites par une multitude de yacks.
Nous passons plusieurs jours tres agreables dans cet endroit, a se balader dans le village et dans la campagne. Le deuxieme jour nous decidons de faire une petite randonnee qui nous menera a un monastere perdu dans la montagne. Nous marchons dans la montagne au milieu des yacks, le paysage est a couper le souffle, au sens figure et propre du terme. En effet, nous ne sommes pas habitues a une si haute altitude et tres rapidement au fil de notre avancee nous resentons un fort mal de crane et quelques difficultes a respirer. Nous nous approchons de ce monastere et sommes accueillis par des moines tibetains cuisinant et jouant au basket. Ils sont tres contents de nous saluer en anglais. Nous sommes invites par de jeunes kampas a aller chez eux mais il est deja 18h, nous sommes tristes de refuser mais nous ne nous sentons pas tres bien et il nous reste deux heures de marche avant de retrouver Tagong, tout juste avant que la nuit tombe. Nous gravons ces lieux dans notre tete, ces yacks, ce temple, ces gens qui chantent au loin, ces drapeaux sur la colline d'en face qui sont plantes dans le sol pour les enterrements celestes (le principe est de laisser le corp decoupe du defunt dans la montagne au milieu des drapeaux jusqu'a ce qu'il se fasse manger par les vautours, l'ame ayant quitte le corp au moment du deces il s'agit la du dernier acte de charite du defun avant sa reincarnation). Nous redescendons donc le plus rapidement possible, nous ne prenons certainement pas le bon chemin car nous devons passer plusieurs fois la riviere et les nombreux barbeles qui sont la pour empecher les yacks d'aller n'importe ou. Dans un etat second nous arrivons juste avant qu'il ne fasse trop noir a l'auberge. Nous nous affalons sur le lit et dormons jusqu'au lendemain ou nous nous sentons beaucoup mieux. C'est decide, nous ne partirons pas en randonnee de nouveau dans le coin.


Quelques jours plus tard nous voulons rejoindre la ville de Litang a l'extreme ouest du sichuan et tres proche du tibet. Nous embarquons  a bord d'un minubus flambant neuf. Le chauffeur inaugure surement sa premiere journee en tant que taxi et d'ailleurs un de ses amis jette du riz sur le vehicule et sur nous aussi. Apres deux heures d'attente, enfermes dans le bus a attendre qu'il se remplisse de passagers, car par ici on ne part pas a vide, nous decollons enfin de Tagong. Nous rejoignons une localite a 1 h de route afin de prendre un autre bus pour Litang. En route le bus circule difficilement sur la route boueuse rendue glissante par les pluies. Tous deux sommes pris en sandwish, a 8 dans le bus 6 places, entre un moine boudhhiste et une femme kampas. Arives au village de la correspondance, nous constatons qu'il est presque impossible de gagner Litang tant la route est dangereuse et boueus. Du coup, les chauffeurs qui se risquent a faire le trajet demandent des sommes exorbitantes. Sans trop attendre nous prenons la decision de redescendre a Kangding et d'oublier la perspective de voir Litang, la troisieme ville la plus haute du monde. Tant pis, nous aimons Kangding et y repasser quelques jours sera un plaisir.
Arrives la bas, nous nous reposons plusieurs jours, et ce n'est pas du luxe d'autant que l'une d'entre nous se sent affaiblie et couve une angine. Elle en est tout juste retablie a l'heure ou nous ecrivons.

Kunming, le 1er juillet 2012