Apres quelques jours passe a Pekin, nous brulons d'envie d'aller a la conquete d'autres lieux mythiques de la Chine ancienne. Et comme explorer la Chine ne saurait se faire sans fouler de ses pieds la grande muraille, nous partons au plus vite vers l'un des troncons de la grande frontiere. La muraille est l'attraction preferee des touristes chinois venus en masse photogaphier les traces palpables de la grandeur passee de leur pays. Ils se rendent d'abord a la Cite interdite puis sur le grand mur, se limitant souvent a un endroit ou deux, proche de Pekin, comme Badaling. Ces troncons sont donc couverts de touristes et il est impossible de s'impregner de la magie des lieux. Nous choisirons de visiter une partie plus vierge de la muraille, eloignee de Pekin et encore preservee du tourisme massif. Nous jettons notre devolu sur le troncon entre Jinshanling et Simatai, qui offre la possibilite de parcourir 4 km de mur non restaure, a l'inverse des autres endroits.
Pour rejoindre Jinshanling, il nous faut d'abord sortir du monstre de building qu'est Pekin. Un bus nous emmene a Miyun a 70 km de la capitale, et autant encore du mur. La suite du trajet est delicate, il nous faut negocier dans la rue avec des chauffeurs pour aller jusqu'a Jinshanling, desservi par aucun bus. Nous obtenons un prix inespere qui nous permettra de visiter l'un des plus beaus troncons de la muraille de Chine pour un morceau de pain. Nous pouvons commencer a pouver notre "bravitude" en escaladant les pans escarpes du grand edifice de pierre.
Rapidement, les paysages epoustouflants se livrent a nos regards ebahis. Le mur serpente dans les collines recouvertes de forets embrumees comme un lombric sur un tas de terre. Certaines parties ont perdu, sous l'action du temps, leurs crenaux et leurs tours. Nous serpentons sur le plus long mur du monde. De la haut, bien que l'edifice soit a la base une barriere empechant toute intrusion, nous ressentons une immense impression de liberte. D'un cote, la Mongolie, desormais interieure et chinoise, nous fait face, de l'autre, l'empire du milieu. Nous imaginons alors les hordes de cavaliers mongols deboulant sur les flancs de la colline et faisant pleuvoir les fleches de leur petits arcs bandes sur les murs de la hautes platefrorme. Comme notre ligne Maginot, cette muraille n'a pas ete tres efficace et ne sut pas repousser la plus terrible des invasions que la Chine aie connue, celle des Mongols. Gengis Khan avait dit que la force d'un mur ne se mesurait pas a son epaisseur, mais au courage de ceux qui le defendent. Quel courage aurions nous eu la haut en voyant venir l'ennemi ?
Les plus courageux sont sans aucun doute ceux qui ont participe a edifier ce monstre de pierre et qui selon la legende sont enterres dans le mur. La Chine aurait elle toujours eu la folie des grandeur ? En tous les cas Claire et moi nous sentons bien petit la haut sur le mur. Meme si la chaleur nous assaille, nous grimpons les marches comme si nous montions au paradis. Bientot il faudra redescendre car notre chauffeur nous attend en bas... Nous voulons rester ici avant de voir s'eloigner le mur pour toujours. Nous partons avec regrets. Mais dans nos tetes, les merveilles qui nous restent a voir nous consolent. Sur le retour, nous songeons deja a quelques soldats de terre qui pourraient bien se trouver plus au sud, juste sur notre route. hihihi !


Apres un retour rapide a Pekin pour la nuit, nous partons le lendemain dans l'espoir de rejoindre  un tout petit village en pierre repere dans notre guide de la Chine. Ce village de 1600 habitants se situe a cote de Shiuazang, une metropole de 4 millions de personnes, capitale du Hebei. Le hameau, nomme Yujacun, est tres peu touristique et s'y rendre est tres complique. Il faut emprunter le train entre Pekin et Shiuazang pendant 4h, puis prendre trois bus differents reliant de petites localies entre elles. Nous parvenons a atteindre Yujacun en fin d'apres midi. L'entree du village est payante. Nous nous y attendions un peu etant donne que tous les villages typiques de Chine, meme les moins frequentes, sont pourvus de guichets payants controlant les entrees. Memes les amis et la famille des habitants doivent s'affranchir de cet octroi pour rendre visite a leurs proches. Decidement il y a des choses bien etonnantes en ce pays.


Ce village, tout en pierre, et qui conserve le mode de  vie rural ancestral de la Chine, sera pour nous une retraite ideale, loin de l'agitation de la capitale. Nous logeons chez un couple de paysans qui nous loue une petite chambre. La maitresse de maison nous prepare les repas. A Yujacun, tout est construit en pierre, des meubles jusqu'aux maisons. La fraicheur des ruelles etroites est appreciable, Nous rencontrons des petits vieux edentes qui nous sourient. Personne ne parle d'autres langues que le chinois mais nous parvenons a nous faire comprendre. Nous restons quatres jours a Yujacun, arpendant les ruelles etroites, nous rendant au marche, et toujours en suscitant les regards curieux des locaux, qui ne voient jamais personne ici. Le dernier jour nous nous promenons dans les cultures en terrasse arides des environs. La vue est agreable et ce village hors du temps est un peu un mirage qui pourrait disparaitre a tout moment. Saluant une derniere fois les viellards rilleurs matinaux, nous partons a bord d'un microbus pour rejoindre la gare de la ville voisine. Nous laissons Yujacun derriere nous en meme temps que le Hebei. Desormais nous voici dans le Shanxii, province historique parsemee de villes fortifiees. Tous deux, tigre et dragon, allons vers les cites ancienne de Chine...


Depuis  Xi an, le 4 juin 2011